L’amour comme boussole

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Pourquoi parler d’amour sur le blog de Day Photographies

Photographier, pour moi, n’a jamais été un simple métier.

C’est une manière d’être au monde.

 

Depuis plus de treize ans, je photographie des histoires d’amour au sens large :

des couples, des familles, des femmes enceintes, des mères, des enfants, des liens, des moments de vie.

 

Si je devais résumer mon travail en un mot, ce serait celui-ci: l’amour.

 

L’amour comme moteur.

L’amour comme boussole.

L’amour comme filtre à travers lequel je choisis mes projets, mes rencontres, mes engagements.

 

Je ne photographie pas tout.

Je n’accepte pas tous les projets.

Parce que tout ce que je fais doit avoir du sens.

 

Et ce sens-là, je le trouve uniquement dans l’amour :

celui qui relie, qui respecte, qui élève, qui laisse une trace.

 

Les émotions que je capture ne naissent pas par hasard.

Elles naissent d’un regard, d’une présence.

D’une façon d’être profondément humaine face aux personnes que je photographie.

 

Avec le temps, j’ai compris que ma manière de travailler était indissociable de mon histoire, de mes valeurs, de mon rapport à l’amour sous toutes ses formes.

Ce que je photographie est directement lié à ce que je crois, et à ce que je vis.

 

En 2026, j’ai eu envie d’ouvrir davantage cet espace.

D’écrire des articles plus personnels.

Non pas pour me raconter, mais pour donner du sens.

Pour expliquer pourquoi je fais ce que je fais.

Pourquoi mes images sont chargées d’émotion.

Pourquoi mon travail est, au fond, une extension de mon âme.

 

Cet article parle d’amour.

 

Pas uniquement de l’amour de couple, mais de l’amour comme force de vie.

Comme fil conducteur.

Comme socle invisible de tout ce que je crée.

 

C’est depuis cet endroit-là que je photographie.

Et c’est depuis cet endroit-là que je vous invite à lire ce texte.

L’amour comme sens d’une vie (et pas seulement comme couple)

Pendant longtemps, on nous a raconté une histoire simple.

Trop simple.

 

L’amour, le vrai, le grand, le sens ultime d’une vie, se trouvait dans la rencontre d’un partenaire.

Qu’aimer et être aimée, c’était construire un couple.

Que le reste venait après… ou autour.

 

Et puis, un jour, la vie fait son œuvre.

 

Elle fissure les certitudes.

Elle élargit le cadre.

 

Et l’on comprend, parfois tard, parfois dans la douleur, que l’amour ne se résume pas à une relation amoureuse.

Ce cadre élargi m’a obligée à revisiter toute mon histoire.

J’ai vécu une première déception amoureuse avant même d’aimer.

In utero.

À travers mes parents.

 

Un couple qui, comme beaucoup d’autres, a fait de son mieux avec ce qu’il avait.

Un couple qui était censé être un repère, un socle, un phare dans la vie d’un enfant.

Et qui, malgré tout, n’a pas su incarner l’image idéale que l’on se fait, petite, de l’amour.

 

J’ai grandi auprès d’une mère pour qui être en couple représentait une forme de réussite,

et d’un père plus réservé sur le plan émotionnel.

 

Deux adultes avec leurs forces, leurs fragilités, leurs limites.

Deux êtres humains avant tout.

Aucun des deux ne m’a transmis une définition stable et apaisée de l’amour.

 

Alors je me suis construite comme on peut.

Sur des bases imparfaites.

Bancales parfois.

Mais réelles.

 

Je suis allée d’échec en échec, de relation en relation.

J’ai confondu attachement et amour.

Désir et reconnaissance.

Manque et lien.

 

Et pendant longtemps, j’ai cru que le couple viendrait réparer quelque chose.

Combler un vide.

Donner une réponse.

 

Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas aux autres de réparer quoi que ce soit.

Que c’était à moi de redéfinir l’amour.

À ma façon.

C’est là que ma définition de l’amour a commencé à se déplacer.

L’amour comme énergie vitale

L’amour n’est pas un statut.

Ce n’est pas une case cochée.

Ce n’est pas un “nous” validé socialement.

 

L’amour est une énergie vivante.

Une force de lien, de présence, de reconnaissance.

 

Il circule.

Il se transforme.

Il change de forme au fil des saisons de la vie.

 

Certaines personnes vivent un grand amour de couple.

D’autres en vivent plusieurs.

Certaines n’en vivent aucun…

et pourtant aiment profondément.

 

Aimer, au fond, c’est un état d’être.

 

Moi, je l’ai trouvé dans la spiritualité.

Dans le fait de voir la joie partout.

De voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

 

Dans le fait d’aller à la messe et de me sentir en communion avec les gens qui m’entourent, tous réunis autour d’une seule chose au final : la foi.

 

Aimer ce que l’on fait.

Ce que l’on a dans son assiette.

Ce que l’on voit.

 

Admirer les paysages.

Ressentir les personnes qui nous entourent.

 

Je crois que l’amour est essentiel.

Vital.

Une question de survie.

 

L’humain est fait pour aimer profondément.

Mais il se fourvoie.

Il confond le désir et l’attachement avec l’amour.

 

Alors il cherche ailleurs :

dans l’argent, la consommation, les addictions, l’alcool, la drogue, les réseaux sociaux, le scroll infini, le téléphone toujours à la main.

 

Alors que ce qui manque, bien souvent, c’est l’amour.

 

L’amour n’est pas matériel.

Ce n’est pas quelque chose que l’on possède.

C’est un ressenti.

 

C’est accepter l’autre tel qu’il est, sans vouloir le changer.

Parfois, l’amour se manifeste dans les gestes les plus simples.

Hier, sur le parking de mon supermarché, un homme est venu vers moi avec son chien.

Un sans-abri.

 

La première chose qu’il a dite, presque comme une défense, c’est :

« N’ayez pas peur, je ne suis pas dangereux. »

 

Il sentait l’alcool.

Il avait ce corps un peu fatigué, cette présence que l’on apprend à ne plus voir.

 

Ce genre d’homme devant lequel beaucoup passent sans ralentir,

sans regarder,

sans même vraiment le voir.

Je me suis arrêtée.

 

Je l’ai regardé.

Dans les yeux.

 

Je l’ai écouté.

Sans me presser.

Sans me protéger.

 

Pendant quelques minutes, il a existé.

Pas comme un danger.

Pas comme un problème.

Mais comme un être humain.

 

Il m’a demandé de quoi acheter du lait.

Je lui ai donné ce que je pouvais.

Mais surtout, je lui ai donné du temps.

Une présence.

Une considération.

 

Peut-être qu’il n’achètera pas de lait.

Peut-être autre chose.

Je n’en sais rien.

 

Et ce n’est pas à moi de le savoir.

 

On sort des fêtes.

Il fait froid.

Les gens sont pressés, fatigués, de plus en plus refermés sur eux-mêmes.

 

Ces hommes-là deviennent invisibles.

Comme s’ils n’existaient plus.

 

Ce jour-là, j’ai simplement choisi de ne pas détourner le regard.

De me mettre à sa place.

De me rappeler que je ne connais rien de son histoire.

 

Si, pendant quelques minutes, il s’est senti reconnu,

s’il a senti qu’il comptait encore pour quelqu’un,

alors c’était suffisant.

 

Pour moi, c’est cela, l’amour :

la capacité de voir l’autre,

sans juger,

sans condition,

sans rien attendre en retour.

C’est pourtant la maternité qui m’a fait comprendre l’amour dans sa forme la plus absolue.

Aimer ses enfants (et apprendre à aimer autrement)

Il y a l’amour parental.

Immense.

Brut.

Inconditionnel.

 

Quand je suis devenue mère, j’ai compris ce qu’était réellement l’amour :

ressentir quelque chose d’infini qui te prend et qui pénètre tout l’intérieur de ton âme.

Et tu sais que ça ne finira jamais.

 

J’aime mes fils.

Tels qu’ils sont.

 

Ils ne sont pas parfaits.

Mais pour moi, ils le sont.

 

Dans mon monde à moi.

Dans mon âme de maman.

 

J’ai appris à aimer leurs mauvais côtés comme leurs bons.

Je les aime, tout simplement.

 

J’ai grandi avec eux.

Ils m’ont rendue plus apaisée, plus humaine, plus compréhensive.

 

Mais surtout, ils m’ont appris à m’aimer moi-même.

 

Parce que leur bonheur passe par moi.

C’est là que j’ai appris à me respecter.

 

À vivre autrement.

Vivre pour eux.

Pour nous.

Cette compréhension a profondément changé ma vision du couple.

Le couple : une source, pas une finalité

Je croyais que le couple était une fin en soi.
L’aboutissement d’une vie.

 

Je pensais ne pas pouvoir vivre seule.
Je pensais devoir chercher ma moitié.

 

Et puis j’ai compris que j’étais déjà entière.

 

C’est en vivant seule que je m’en suis rendu compte :
je n’avais besoin de personne pour avoir de la valeur.

 

Je ne sais pas si l’amour peut exister entre un homme et une femme tel que je le conçois.
Mais j’aime à le croire.

 

Je photographie des couples admirables.
Certains me donnent la certitude qu’ils dureront.
D’autres non.

 

Et c’est très bien comme ça.

 

Je n’ai plus envie d’offrir mon cœur à quelqu’un d’autre.
Il a trop été maltraité.
Trop peu respecté.
J’en ai trop souffert.

 

Je peux éprouver de l’admiration, de l’attachement, parfois de l’attirance.
Mais je sais que je n’ai pas grand-chose à offrir de ce que beaucoup recherchent.

 

On peut s’aimer, se respecter, partager des moments,
sans arrêter le cours de sa propre vie.

 

Je vis seule.
Et je suis heureuse.

 

J’ai vécu douze ans avec mon ex-mari.
Nous sommes toujours proches.
Bons amis.

 

Ça aussi, c’est de l’amour.

D’autres formes d’amour ont trouvé leur place naturellement.

L’amour de l’amitié

J’ai eu quelques amis.

 

Mais je crois que je ne suis pas faite pour toutes les formes d’amitié.

 

Je n’aime pas les promesses non tenues.

Les mensonges.

Les trahisons.

 

J’ai perdu des gens.

D’autres sont restés.

 

Des amitiés sans attente.

Souvent à distance.

Durables.

 

On se retrouve parfois comme si on s’était quittés la veille.

C’est la seule manière pour moi d’être amie.

L’amour du vivant

J’ai un profond respect pour tout ce qui est vivant.

Particulièrement pour les animaux.

 

Ils ont une intelligence du cœur que les humains ont parfois perdue :

la fidélité, la loyauté.

 

On a tout à apprendre d’eux.

L’amour de ce que l’on crée

On crée pour laisser une trace.

 

L’art a cette magie rare :

un tableau, une musique, une image.

 

J’ai un fils écrivain.

Et je sais que quoi qu’il arrive, les écrits restent.

Les photos restent.

 

Je regardais hier un reportage sur Simon Porte Jacquemus, le créateur de Jacquemus, et je me disais :

 

Mon dieu, ce garçon a quelque chose de divin.

Il a du génie.

Il est au comble de l’esthétisme.

 

J’ai rarement vu autant de classe, d’humilité, de présence, de conviction et de passion réunies dans une seule personne.

 

Et tout cela s’explique par une seule chose, il le dit lui-même :

toute cette créativité, toute cette ingéniosité n’a été inspirée que par l’amour qu’il éprouve pour sa mère.

 

J’ai une profonde admiration pour ce garçon.

Et beaucoup d’amour pour lui, son histoire, son œuvre, sa famille.

L’amour de soi

L’amour de soi est arrivé tard dans ma vie.

Et je peux le dire sans détour.

 

Pendant longtemps, je n’en avais aucune conscience.

 

On m’avait appris que s’aimer, c’était être égoïste.

Que penser à soi, c’était manquer de cœur.

Que se respecter, c’était se mettre au-dessus des autres.

 

Alors j’ai grandi en me trahissant.

En me pliant.

En acceptant ce qui ne me convenait pas.

 

Parce que c’était ça, aimer.

Du moins, c’est ce que je croyais.

 

Les personnes censées m’enseigner l’amour de soi ne se respectaient pas elles-mêmes.

Elles vivaient dans le sacrifice, la dépendance affective, la peur d’être seules.

 

Alors comment aurais-je pu apprendre autrement ?

 

Il a fallu que je me documente.

Que je lise.

Que j’observe.

Que je déconstruise tout ce que l’on m’avait transmis.

 

Mais surtout, il a fallu que je souffre.

Beaucoup.

 

Cette sagesse est arrivée.

Tard.

 

Et je mesure à quel point elle est précieuse.

 

Je dis souvent à mon fils, qui a vingt-cinq ans, et qui a déjà une conscience très juste de ce que représente l’amour de soi, que c’est une chance immense.

 

J’aurais tant aimé, à son âge, savoir ce qu’il sait.

 

S’aimer, ce n’est pas se croire supérieure.

Ce n’est pas se fermer aux autres.

Ce n’est pas vivre dans le repli.

 

S’aimer, c’est se respecter.

Se protéger.

Savoir dire non.

Savoir partir.

Savoir rester seule sans se sentir incomplète.

 

C’est arrêter de se sacrifier pour être aimée.

Arrêter de se perdre pour appartenir.

Arrêter de se renier pour maintenir un lien.

 

L’amour de soi devrait être enseigné dès l’enfance.

Faire partie des programmes scolaires.

 

Parce que se respecter est sans doute la phrase la plus importante d’une vie.

 

Et pourtant, pour beaucoup d’entre nous,

elle arrive quand la moitié du chemin est déjà derrière.

 

Heureusement, il n’est jamais trop tard pour apprendre à se choisir,

se regarder avec douceur,

et vivre enfin alignée.

Photographier depuis l’amour

J’ai écrit ce texte ici, pas pour parler de moi,

mais pour parler de ce qui me guide.

 

L’amour n’est pas un concept abstrait.

C’est une façon d’être présente.

D’écouter.

De regarder.

De respecter.

 

C’est depuis cet endroit-là que je vis.

Et c’est depuis cet endroit-là que je photographie.

 

Les histoires que je raconte en images ne sont pas parfaites.

Elles sont vraies.

Humaines.

 

Elles sont faites de liens, de fragilités, de silences, de regards, de gestes simples.

 

Je ne cherche pas à figer des apparences.

Je cherche à préserver ce qui relie.

Ce qui fait sens.

Ce qui restera.

 

Tout ce que je crée, dans ma vie comme dans mon travail,

est guidé par cette même boussole :

 

faire les choses avec amour,

ou ne pas les faire.

 

Et si mes images vous touchent,

ce n’est sans doute pas un hasard.

 

C’est simplement que nous parlons le même langage.

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Commentaires: 3
  • #1

    Raquel Rodriguez (mardi, 13 janvier 2026 19:46)

    Ton texte est vraiment magnifique.Il m’a profondément touchée .Merci de partager une si belle sensibilité ❤️

  • #2

    Alexia Crozier (mardi, 13 janvier 2026 22:06)

    Effectivement nous parlons le même langage, j’ai eu la larme en l’œil en lisant cette magnifique définition de l’Amour inconditionnel et universel ❤️.
    Hâte de lire les prochains articles ❤️

  • #3

    Nadège D'assuncao (mardi, 20 janvier 2026 10:45)

    Magnifique définition de l'amour, tes mots sont justes et puissants, ils sont universels pour ceux qui savent ce qu'est l'amour ❤️ l'amour de soi, des autres et de la vie.