Il y a ce qui nous vide. Et il y a ce qui nous nourrit.
Chez moi, depuis toujours, la culture fait partie de la seconde catégorie. Pas comme un loisir. Pas comme un luxe. Mais comme un besoin vital.
En 2026, j’ai promis ici d’écrire un peu plus personnel. Pas pour parler de moi par narcissisme, mais parce que je crois profondément que ce que je suis nourrit ce que je crée.
Après L’amour pour boussole, j’avais envie de vous parler de ce qui alimente mon regard. De ce qui maintient mon feu allumé.
La culture comme respiration
La musique, cette mémoire vivante
La musique me touche depuis toujours.
Je crois sincèrement qu’il n’existe rien d’équivalent à ce que l’on peut ressentir en écoutant une musique. Une musique ne passe jamais simplement par les oreilles. Elle traverse le corps, elle s’imprime quelque part à l’intérieur.
Une musique est presque toujours reliée à un souvenir.
Parfois un souvenir doux : un premier baiser, une rencontre, une période de vie lumineuse. Parfois un souvenir plus douloureux : une séparation, un manque, une absence. Il y a aussi ces musiques que l’on entend lors des obsèques, comme celles qui accompagnaient l’au revoir à ma grand-mère, et qui restent gravées à jamais.
Mais quelle que soit la nature du souvenir, la musique touche toujours juste. Elle nous ramène à quelque chose de profondément intime.
Je ne crois pas connaître quelqu’un qui soit totalement insensible à la musique. Et c’est sans doute parce qu’il existe autant de musiques que de vies.
Autant de styles que de sensibilités. Autant de morceaux que de trajectoires.
Chaque musicien interprète différemment. Chaque chanteur chante avec son histoire. Et chaque auditeur écoute avec sa propre mémoire, sa propre vibration.
C’est essentiel, pour moi.
Les concerts, la communion
Ce que j’aime profondément dans les concerts, c’est ce qu’ils créent entre les gens.
Nous sommes tous différents. Âges différents. Cultures différentes. Histoires différentes.
Et pourtant, le temps d’un concert, nous nous retrouvons dans une même salle, animés par une admiration commune pour un artiste.
Il se passe alors quelque chose de rare.
Une forme de communion.
Je la ressens un peu comme celle que je ressens à la messe. Mais ici, elle passe par les corps, par le mouvement, par le son. On danse, on saute, on se regarde, on se sourit sans se connaître. On se transmet la joie, l’énergie, le bonheur.
On vibre tous ensemble.
C’est presque une transe collective.
Je crois honnêtement qu’il existe peu d’espaces aujourd’hui où les êtres humains se rassemblent de cette façon, sans distinction, sans filtre.
Même dans les périodes les plus sombres de l’Histoire, la musique a toujours été là. Quand je regarde des films sur la Seconde Guerre mondiale, on retrouve souvent des scènes marquantes autour de concerts, de chants, de musique partagée. Comme si, même face à l’horreur, quelque chose continuait de relier les êtres.
On ne peut pas rester totalement indifférent à la musique.
Vibrer au plus près
Aujourd’hui, à 50 ans, je ne vais plus dans la fosse. Je choisis des places assises.
Mais je les choisis toujours au ras de la fosse.
Pour rester au plus près de cette énergie. Pour sentir la vague. Pour ressentir la vibration collective.
Je ressens cela de manière très forte dans les concerts de Matthieu Chedid.
C’est pour cela que je peux assister à quinze concerts de la même tournée, sans jamais me lasser. Sur quinze concerts, il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Pas un qui vibre de la même manière.
Parce que le public change. Parce que l’énergie circule différemment. Parce que le vivant ne se répète jamais.
Matthieu a cette capacité rare de venir vers son public. De s’y fondre. De chanter au milieu des gens. D’entrer en interaction directe.
Je le comprends profondément.
Cette énergie-là est un trésor.
Le lien avec mon métier
C’est sans doute pour cela que je me sens si alignée dans mon métier de photographe.
Je suis presque toujours présente lors de moments heureux. Une grossesse. Une gender reveal. Un mariage. Un anniversaire. Une séance en famille.
Les gens prennent ce temps pour être ensemble. Pour communier. Pour créer des souvenirs qui vont rester.
Ces images vont traverser les années. Elles vont accompagner des générations entières.
Et cette joie-là, je la ressens profondément.
Je la capte. Je la retranscris.
C’est une énergie.
Et à bien y regarder, elle se rapproche énormément de celle que je ressens lors d’un concert.
Une énergie collective. Une vibration partagée. Un instant suspendu.
Voir les gens en vrai
Le spectacle vivant, l’art de l’instant
Le spectacle vivant me touche pour les mêmes raisons que la musique.
Bien sûr, certains artistes remplissent aujourd’hui de très grandes salles. Quand on va voir Alban Ivanov, par exemple, on sait qu’on ne le retrouvera plus jamais dans une petite salle intimiste. Et c’est très bien ainsi.
Mais ce que je préfère profondément, ce sont justement ces artistes que l’on découvre encore de près.
Ceux que l’on voit dans de petites salles. Ceux que l’on a parfois découverts en première partie. Ceux que l’on peut presque toucher du regard.
La semaine prochaine encore, je vais voir un artiste dans une toute petite salle, et je sais déjà que ce sera un moment fort.
Parce que dans ces lieux-là, il se passe quelque chose de très particulier.
La proximité, le ressenti
Dans une petite salle, on ressent tout.
On sent quand l’artiste est ému. On sent quand il doute. On sent quand il a peur. On sent quand il est heureux.
Il y a une interaction directe. Presque charnelle.
Et c’est exactement cela qui fait toute la différence avec un écran.
Chez soi, devant une télévision, personne ne gêne la vue. Personne ne sort son téléphone. Le confort est là.
Mais il manque l’essentiel.
Le vivant.
Nous passons déjà une grande partie de nos vies derrière des écrans. Alors la scène devient un espace rare.
Un espace où tout est vrai.
Sans montage, sans filet
Sur scène, il n’y a pas d’essai. Pas de montage. Pas de rattrapage.
Comme lors d’un mariage. Il n’y a pas de seconde prise.
C’est pur.
Si ça dérape, ça fait partie du spectacle. Et parfois, c’est précisément là que naît quelque chose de grand.
Parce que l’authenticité ne cherche pas la perfection.
Elle accepte les failles. Elle les transforme.
Ces moments-là n’existeront plus jamais. Ils sont uniques.
C’est ce qui leur donne toute leur intensité.
L’improvisation, la vraie intelligence du vivant
J’aime particulièrement les spectacles d’humour où l’artiste interagit avec le public.
J’ai vu récemment Nino Arial, et ce qu’il fait est très fort.
Bien sûr, il y a une structure. Mais l’essentiel se joue dans l’instant. Dans l’improvisation. Dans la répartie.
Le public devient matière. Il inspire. Il transforme le spectacle.
On le voit d’ailleurs chez les grands humoristes : ce qui marque vraiment, c’est cette capacité à rebondir, à créer en direct, à faire de l’imprévu une force.
Il n’y a pas d’équivalent à cela.
C’est pour cette raison que j’aime tant la scène.
Parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle est vraie. Parce qu’elle ne triche pas.
Le cinéma, l’art du silence et du rythme
Raconter des histoires, transmettre
J’ai toujours aimé les histoires.
Quand mes enfants étaient petits, je leur lisais systématiquement des contes avant de dormir. Des contes philosophiques. Des contes plus classiques.
J’ai beaucoup utilisé les livres de Jacques Salomé, notamment Contes à aimer, contes à s’aimer.
C’était une manière douce de nourrir le lien. De mettre des mots là où il n’y en a pas toujours.
Ces lectures ont accompagné notre relation. Elles ont ouvert des espaces de dialogue. Et j’ai toujours eu, grâce à cela, une communication très profonde avec mes enfants.
J’ai attendu qu’ils soient grands (18 et 25 ans aujourd’hui) pour me séparer de ces livres. Je les ai récemment mis en vente sur Vinted.
Et j’ai été très émue de voir des mamans les acheter en lot. Comme si quelque chose continuait de se transmettre.
Le cinéma comme nourriture visuelle
Le cinéma, au-delà des histoires, est pour moi une immense richesse visuelle.
En tant que photographe, je le reçois presque comme on regarde une peinture dans un musée.
La lumière. Les cadres. Le rythme. Les silences.
Récemment, j’ai vu L’Étranger, adapté du livre d’Albert Camus. Je n’ai pas aimé le film. J’y ai ressenti des longueurs, une atmosphère qui ne m’a pas touchée.
Mais la photographie, elle, m’a profondément marquée.
Comme quoi, même lorsqu’une œuvre ne nous embarque pas complètement, elle peut nourrir autre chose.
La lumière du Sud, l’évidence
Après en avoir parlé avec un ami, il m’a conseillé la série "Ripley".
Et là, j’ai retrouvé exactement ce qui me touche.
La photographie. La lumière.
La série se déroule en Italie. Au bord de la Méditerranée.
Ces paysages du Sud. Cette lumière si particulière.
Celle que je connais. Celle qui n’existe vraiment que chez nous.
C’est profondément nourrissant pour mon travail.
Cela m’aide à comprendre. À affiner. À imaginer.
Le cinéma français, une vitalité bien réelle
Et puis il y a les acteurs. Le jeu. L’incarnation.
Contrairement à ce que l’on entend parfois, le cinéma français est loin d’être mort.
Cette année encore, j’ai vu de très grands films. Des œuvres fortes, bien interprétées, exigeantes.
"Jean Valjean". "La femme la plus riche du monde", inspiré de l’histoire Bettencourt.
Je me suis dit : non, vraiment, le cinéma français est bien vivant.
Et c’est toujours un plaisir immense de s’asseoir dans une salle obscure, de se laisser porter par une histoire, par des acteurs justes, par une photographie inspirante.
Pour moi, le cinéma est un apprentissage permanent.
Du rythme. Du silence. Du regard.
S’évader dans un monde saturé
Nous vivons dans un monde lourd.
Même si, de mon côté, je fais un choix très conscient. Je suis volontairement coupée de l’actualité.
Je ne regarde pas la télévision classique. Quand j’allume un écran, c’est pour Netflix ou Amazon Prime. Pour un film. Pour une œuvre.
Je n’ai pas envie d’absorber en continu des informations anxiogènes, flippantes, déprimantes. Alors qu’il se passe aussi tellement de belles choses.
Je suis par exemple abonnée sur Instagram à un jeune garçon de 16 ans qui a créé un compte uniquement dédié aux informations positives. Et je trouve cette démarche infiniment plus saine. Son compte s’appelle @eclat_positif_.
Dans ce contexte, le cinéma a aussi une autre fonction essentielle
Il permet de couper.
Couper avec le quotidien. Couper avec les préoccupations. Couper avec le bruit.
Pendant une heure trente, deux heures, selon la durée du film, on s’évade. On respire ailleurs.
Et cette respiration-là est précieuse.
Elle nourrit. Elle allège. Elle redonne de l’espace.
Le cinéma, pour moi, n’est pas une fuite.
C’est une pause nécessaire. Une façon de rester sensible dans un monde qui, parfois, ne l’est plus assez.
Lieux sacrés, musées et émerveillement
La beauté qui élève
Les lieux sacrés, les musées, la peinture, la sculpture… Tout cela fait partie du même mouvement chez moi.
Je les découvre souvent au fil de mes voyages, de mes escapades, parfois très proches, parfois plus lointaines.
Ce sont des lieux qui élèvent. Qui ralentissent. Qui imposent presque le silence.
Je peux pleurer devant un tableau. Ça m’est déjà arrivé. Et ça m’arrivera encore.
Se souvenir à vie
Je me souviens très précisément d’un week-end à Londres. J’avais fait le déplacement uniquement pour une exposition consacrée aux esquisses de Léonard de Vinci.
Ses croquis. Ses dessins originaux.
J’ai été bouleversée par la finesse avec laquelle il dessinait les mains.
Les mains.
Elles me fascinent. Je les trouve infiniment belles.
Je photographie presque toujours les mains de mes couples. Lors des mariages. Des séances couple. Des demandes en mariage.
Les mains racontent tout. La tendresse. La force. La retenue. L’abandon.
Je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti devant ces dessins au crayon. Jamais.
La sculpture, la matière vivante
La sculpture me touche profondément.
La matière. Le relief. La patience.
J’ai récemment photographié des œuvres contemporaines, et déjà, j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Rien ne me laisse indifférente.
Mais les sculptures plus anciennes, celles que l’on trouve dans les églises, en Italie, sur les monuments, me bouleversent particulièrement.
Il y a là une intensité. Une finesse. Une humanité.
La Vierge Marie, la douceur incarnée
J’ai une adoration profonde pour la Vierge Marie.
Elle est tatouée à l’intérieur de mon bras.
Ce tatouage a été réalisé par un homme. Un artiste du détail. Des ombres. Des reliefs.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les hommes peuvent être d’une finesse incroyable lorsqu’ils sont dans leur passion.
Ce tatouage a beaucoup de sens pour moi. Il m’accompagne. Il m’inspire.
Être touchée par le génie
Je suis inspirée par les artistes. Peintres. Sculpteurs. Photographes.
Il y a des images que je regarde et devant lesquelles je me dis simplement :
C’est du génie.
Et c’est précieux de ressentir cela. D’avoir envie d’encore. Toujours.
Je parlais dans mon précédent article de Jacquemus. Cette sensibilité. Cet œil. Ce sens de l’esthétique poussé à son paroxysme.
C’est profondément inspirant pour moi.
Tous les sens en éveil
Je nourris mon esprit par ce que je vois. Mais aussi par ce que j’entends.
Tous mes sens sont en éveil.
On a récemment ajouté une dimension olfactive aux livres photo. Un parfum.
Et le parfum, comme la musique, est directement relié à la mémoire. À l’émotion.
Il y a des odeurs qui réconfortent. Qui ramènent à l’enfance.
La gastronomie fonctionne exactement de la même manière. Il y a des plats. Des saveurs.
Et cette sensation immédiate de sécurité, de chaleur, de souvenir.
Tout est lié.
L’émerveillement
J’ai regardé récemment un long reportage sur le photographe animalier Vincent Munier.
J’ai pleuré.
Devant ses images. Devant sa sensibilité. Devant sa vie.
Et surtout devant cette phrase, prononcée par sa mère, que je ne citerai peut-être pas mot pour mot, mais qui disait en substance :
"Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement."
Et elle a tellement raison.
Vincent Munier a eu la chance d’avoir un père qui lui a appris à observer la nature, à patienter, à développer un instinct presque animal.
Mais sa mère lui a transmis quelque chose d’essentiel.
L’émerveillement.
Celui que l’on a enfant. Et que l’on perd peu à peu, happé par le quotidien, les contraintes, les soucis.
C’est cela que je refuse de perdre.
Parce que sans émerveillement,
il n’y a plus de regard.
Et sans regard,
il n’y a plus de création.
Conclusion
Tout cela façonne mon regard. Et mon regard façonne mes images.
Je ne photographie pas seulement ce que je vois, mais ce qui m’a émue, nourrie, élevée.
C’est sans doute ma manière à moi de rester vivante.

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Raquel Rodriguez (dimanche, 25 janvier 2026 22:30)
♥️ tellement vrai sur plein de choses mais on ne peut pas fermer les yeux à la realité de la vie au peu s’évader avec les concerts la musique qui nous fait vibrer …mais pas avec la réalité ��♥️
Nadège D'assuncao (lundi, 02 février 2026 09:56)
L'émerveillement, c'est effectivement ce que beaucoup d'entre nous ont perdu et pourtant c'est une sensation tellement puissante.